I. Les conférences du confinement / conférences en ligne

I. 1. « Brèves histoires » : deux vidéos de conférences d’histoire de l’art proposant, à travers une histoire longue, d’explorer des représentations plastiques et mentales et des dispositifs de création. Conférencier : Michel Cegarra, réalisation des vidéos : Mathilde Ayoub.

Brèves histoires / 1

« Une brève histoire de la forme fermée et de la forme ouverte. De l’inclusion byzantine à la spirale de Robert Smithson ».

Gustav Klimt, Vie et Mort, 1908-1911, huile sur toile, 178 x 198 cm, Vienne, Leopold Museum

Argument : Les nécessités communes actuelles offrent une belle opportunité pour dialoguer relativement à ce que l’on pourrait nommer la forme fermée et la forme ouverte. D’un côté la réclusion et la protection, de l’autre l’extériorité et l’échappée belle. Ou, si l’on veut : l’intériorité personnelle, la pensée, l’intime, et : l’ouverture du monde, la société et les autres. Ce sont des pratiques, des faits sociaux, mais aussi des images mentales, des représentations, qui vont se cristalliser en formes plastiques. La conférence propose une réflexion sur cette question sous la forme d’une brève traversée de l’histoire occidentale de l’art et de l’image.

Conférence mise en ligne le 21 avril 2020 :https://youtu.be/Tue85bxkzj8

Brèves histoires / 2

« Une brève histoire de la nature dans l’art, de l’image au Milieu et de la forme au Vivant. »

Pieter Bruegel dit L’Ancien, Paysage alpestre, 1553, dessin, plume, encre, 23,6 x 34,3 cm, Louvre, Département des Arts graphiques

Argument : Voici un dessin de Pieter Bruegel l’Ancien, Paysage alpestre, de 1553. Une ouverture de plaines et de montagnes, des chemins avec des voyageurs. Bruegel semble nous présenter l’image du déconfinement absolu. D’une certaine manière, c’est ainsi qu’il vécut, crayon à la main, sa traversée des Alpes pour se rendre en Italie. Ce monde ouvert, illimité, où l’homme n’est plus qu’un signe ténu, est une expérience de son temps, le seizième siècle. La saisie de la nature par l’art est une longue histoire que cette conférence vous propose de parcourir, de l’Egypte ancienne à l’artiste contemporain Giuseppe Penone.

Conférence mise en ligne le 5 mai 2020 : https://youtu.be/tD6Kj5qDqi4

I. 2. « Dans l’atelier » : deux vidéos de conférences de philosophie et histoire des images proposant, à travers une histoire longue, d’explorer des représentations de la création artistique et de l’artiste à l’oeuvre. Conférencier : Michel Cegarra, réalisation des vidéos : Mathilde Ayoub.

Dans l’atelier / 1

« Se perdre dans la création, se perdre dans la nuit. Nocturnes, errances et devenir noir de la création ».

Francisco de Goya, Le Vol des sorcières (cycle pictural de la duchesse d’Osuna, 6 peintures, 1797-1798),
huile sur toile, 43,5 x 31,5 cm, Madrid, Prado

Argument : Durant de longs siècles, la peinture occidentale aura opposé la nuit lumineuse identifiée théologiquement par la scène de la nativité et la nuit des ténèbres marquée par la victoire précaire des forces de la mort que traduit le plan fixe de la crucifixion. La sorcellerie, avec ses sabbats et ses nocturnes, introduit une discordance métaphysique et formelle : le territoire des ombres devient non seulement celui des corps et des pulsions, mais aussi l’espace même d’une autre langue pour dire le réel. Cette poétique noire des inversions et des profondeurs de l’être devait accompagner toutes les grandes mutations de l’art, du Maniérisme au Romantisme et du Baroque à Georg Baselitz.

Conférence mise en ligne le 26 mars 2020 : https://youtu.be/v-GqvrL0FRg

Dans l’atelier / 2

« Créer, se noyer, s’envoler. Naissance, engloutissement, vol cosmique et autres figures de la création » 

Bill Viola, Le Messager, 1996, vidéo mono-canal, projection continue,
New York, Solomon R. Guggenheim Museum

Argument : comment comprendre la fascination des artistes pour l’idée de « Déluge » sinon comme la possibilité même du recommencement de la création et la légitimation de la recherche artistique comme mouvement sans fin. Tourbillon, vague, spirale, boucle : les figures plastiques des naissances et des renaissances vont traverser l’histoire de l’art occidental, comme si, finalement, cette histoire ne pouvait avoir d’autre destin que biologique. Dès lors, les Modernes vont forger le récit stupéfiant de « l’enfant des étoiles » comme origine et devenir de l’humanité. De Frantisek Kupka à Stanley Kubrick, l’ancienne rêverie d’un cosmos biologisé rejoint alors mystérieusement la quête artistique d’immortalité.

Conférence mise en ligne le 6 avril 2020 : https://youtu.be/3Le6pnd2PZQ

I.3. « Sade en ses images. L’iconographie de l’impossible », conférence donnée le 19 septembre 2020 à Lacoste, à l’invitation de Cyril Montana et Thomas Bornot, dans le cadre du Festival « Ici c’est Lacoste » (Village Production et Fondation Villa Datris, Isle-sur-la-Sorgue, Vaucluse). Conférencier : Michel Cegarra, réalisation de la vidéo : Arthur Frainet.

Carl Van Loo, Portrait du jeune marquis de Sade, vers 1770

Argument : à côté des textes et de l’histoire animée de leur réception, l’oeuvre du marquis de Sade aura été une grande machine de production d’images. Si certaines de ces images – notamment les gravures des livres de Sade publiés de son vivant – exposent une vision crue, violente, de la sexualité, sans doute aussi ancienne que l’art, le dire et le voir sadiens se sont affirmés massivement comme une transgression des limites de la représentation et une question posée à notre humaine condition. Au-delà de son espace historique propre, cette oeuvre « scélérate » aura ainsi projeté son effet de souffle sur nombre d’artistes du XXe siècle.

Conférence mise en ligne le 27 février 2021 : https://icicestlacoste.fr/portfolio-item/conference-sur-le-marquis-de-sade/

II. Conférences sur l’image médiatique / conférences en ligne

« La bévue » : Vidéos de 4 conférences de philosophie et histoire des images, consacrées à l’image médiatique contemporaine et à ses régimes de vérité (cycle donné de novembre 2016 à avril 2017, au Réel et son double, à Pigny-Bourges, Cher – vidéos réalisées par Pascal Martin).

4 conférences de philosophie et histoire des images, consacrées à l’image médiatique contemporaine et à ses régimes de vérité

Argument du cycle : Une bévue, littéralement, est un glissement, une bifurcation dans la mise oeuvre de la vue, de sorte que ce qui est vu n’est pas ce qui est regardé, tandis que ce qui est regardé demeure ainsi inaperçu. L’incompréhension de la chose observée tient précisément à ce défaut d’observation : on regarde à côté ou ailleurs, là où la croyance, les préjugés ou l’ignorance nous imposent de regarder. Il y a donc une vision ratée, ratée par refus de voir (car l’idée que l’on se fait d’avance de la chose vue est tenue pour supérieure à la chose elle-même), par inaptitude à la vision réfléchie (au profit de la vision que l’on pourrait dire conditionnée), par décision délibérée (parce que ce qui est réellement vu est jugé insupportable). Nous mesurons dès lors que le terme de bévue nous renvoie à des dispositifs de perception où interviennent la cécité volontaire, l’illusion, le trouble; c’est à dire : la fausseté, l’erreur et l’égarement. Ce cycle de 4 conférences vise à analyser quelques exemples de bévues contemporaines relatives aux images et au regard sur ces images. Si les exemples sont saisis dans l’actualité la plus proche, ils seront cependant accompagnés de digressions vers des époques plus lointaines de l’histoire en général et de l’histoire des images en particulier.

La bévue 1 / « Sculptures en boîte. L’image de l’image dérobée »https://www.youtube.com/watch?v=O9WUMHLUPwA

Statues du Capitole à Rome « mises en boîte » pour la visite du
président iranien Rohani. Image de presse, janvier 2016

A l’occasion de la visite du président iranien Rohani à Rome, en janvier 2016, les autorités italiennes ont décidé de dissimuler à la vue des statues antiques devant se trouver sur le parcours de l’invité, afin de ne pas « choquer le regard de leur hôte » (correspondant du Monde à Rome). L’intense polémique qui suivit est l’occasion de revenir sur la longue histoire des images dérobées à la vue parce que jugées trop vivantes ou trop dangereuses. Il est ici question d’un archer concupiscent, de l’oeil, de la flèche, du regard, de Mantegna, des frères Lumière, d’Hitchcock, de Clément d’Alexandrie, il est aussi question de l’hystérie médiatique autour d’une image.

La bévue 2/ « L’artiste sur la plage. En image et comme image » : https://www.youtube.com/watch?v=npIoTR3EYNY

L’artiste Ai Weiwei sur une plage de l’île de Lesbos, essayant d’occuper une place qui n’existe pas : celle du petit Aylan Kurdi, réfugié syrien de trois ans, retrouvé mort, noyé, sur une plage de Turquie
(2015, photo Rohit Chawla).

Un petit enfant meurt, noyé. Son corps est retrouvé sur une plage. Un artiste contemporain très célèbre reprend ce qu’il croit être « la pose » de l’enfant mort. Dans sa désinvolture grotesque, l’image de l’artiste témoigne d’un monde qui « fait retour en image et comme image » avec une intensité qui nous emprisonne. Il est ici question de ce que l’art, dans l’histoire, a pu dire ou taire de la mort d’un enfant et du rayonnement de l’image; il est question de Jeff Wall, du Caravage, de Guido Reni et Poussin, de Piero della Francesca et Le Parmesan, de Freud et du Soufisme, et aussi de l’infâmie qui efface le poids du réel pour lui substituer « la perte du monde dans les images ».

La bévue 3/ « Les ruines retouchées. Dans l’image, derrière l’image, à travers l’image » : https://www.youtube.com/watch?v=0AkXz5kky0c

L’image de l’espoir ?

Une belle prise de vue, un beau mariage et l’espoir, malgré les ruines? Mais le photographe (de dos) est un partisan du régime de Bachar el-Assad, et les ruines, celles de Homs, sont le fait des bombardements du régime et de ses soutiens et non « le fait des rebelles » qui ont évacué la ville en décembre 2015, comme le prétend Jaafar Meray, le photographe. Le marié, « Hassan Youssef » (pseudonyme ?), est lui-même un officier de l’armée du régime. Il est ici question de ruines et de retouches sémantiques de leur signification historique, de l’économie de l’image et de son mouvement de « mise à vue », de Roy Lichtenstein et de Jan van Eyck, d’Hubert Robert, de Botticelli et de Robert Capa, de la guerre et de son image, de la diva Fairouz, il est aussi question de deux couples très différents dans les ruines des villes syriennes.

La bévue 4/ « Dessiner un volcan. Projetant du rouge comme le volcan, l’image » : https://www.youtube.com/watch?v=6QqdxmOv6mQ

Le volcan et l’animal.
Grotte Chauvet, Galerie du Mégacéros, 34000 à 36000 ans bp
(Document PlosOne)

Il est ici question de traces, de disparition, d’images incertaines, du film d’Antonioni Blow Up, d’une icône crétoise du XVIe siècle, du livre du prophète Yoel, du panneau dit « du Sacré-Coeur » de la grotte Chauvet et d’autres ensembles de tracés et peintures à l’ocre rouge de cette grotte inscrite en 2014 sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité, d’un article retentissant publié en janvier 2016 par PLOS one, et d’un autre sur le site de l’AFEQ (Association Française pour l’Etude du Quaternaire), d’images pariétales avec des « signes en gerbe » et des « symboles », des volcans et des artistes préhistoriques, de Kant et du sublime, de Pierre-Henri de Valenciennes, de Merleau-Ponty, il est aussi question des déconvenues et des bévues qui surgissent si l’on oublie la formule de Paul Klee : « L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible« .